95. Des points et des virgules
Il y a quelques jours je me suis retrouvé à devoir lire un manuscrit dont l’histoire valait ce qu’elle valait, mais dont le style était très, très, mais alors très mauvais (très). Ce qui m’a fait me poser beaucoup de questions : comment justifier qu’un style est très mauvais ? comment faire pour ne pas écrire aussi mal ? mieux : comment faire pour apprendre à écrire de façon lisible ?
Vous noterez que je n’essaye même pas de réfléchir au bon style, ni même au grand style. Juste au style lisible.
Je n’ai pas de grande théorie à proposer, mais des embryons de pistes. Aujourd’hui, deux trois remarques sur la ponctuation.
La première chose à comprendre lorsqu’on écrit, c’est que la ponctuation sert à noter la mélodie de la phrase. Contrairement à l’idée souvent répandue, le français standard n’est une langue plate. Elle comporte bien un accent tonique et une mélodie spécifique. Et les signes de ponctuation servent à noter les caractéristiques de cette mélodie.
Quand j’avais six ou sept ans et que je m’entrainais à lire à voix haute, mon père m’avait expliqué une technique simple que j’utilise encore sans m’en rendre compte. “Quand tu arrives à une virgule, m’avait-il dit, tu t’arrêtes et tu comptes en silence “un”. Quand tu arrives à un point, tu t’arrêtes et tu comptes en silence “un, deux”. “
Alors à la question “où mettre les virgules et les points dans un texte?”, la réponse est simplement : là où la voix s’arrête. Les virgules notent les silences courts et les points, les silences longs. Ils servent aussi à noter un indice sur la mélodie : avec la virgule, la voix reste en suspend, avec le point, elle retombe.
en résumé :
- virgule = pause courte + voix en suspend
- point = pause longue + voix qui redescend
Simple me direz-vous ? Moins qu’on pourrait le croire.
À noter que certains ponctuations sont obligatoires. Elles font partie des règles de français, tout comme l’orthographe. La banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (disponible sur le Net) montre les différents cas que l’on peut rencontrer.
Maîtriser la ponctuation, c’est maîtriser la langue. Ce n’est pas tout, mais c’est important.
À noter que certaines ponctuations sont obligatoires. Elles font partie des règles de français, tout comme l’orthographe. La banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (disponible sur le Net) montre les différents cas que l’on peut rencontrer.
Maîtriser la ponctuation, c’est maîtriser la langue. Ce n’est pas tout, mais c’est important.
Est-ce que tu peux donner un exemple de ponctuation ‘obligatoire’ ? Je ne suis pas sûr de voir ce que tu veux dire. Quand à l’office québécois de la langue française, ils font un travail remarquable. Je le consulte assez souvent leur dictionnaire terminologique pour trouver des équivalents francophones (lien ici.
Il y a ce qu’on appelle les virgules d’incise, exemple : Laurent qui, lui, avait quarante ans de moins que Laureen, se mit à frémir. Dans un cas comme celui-là,les virgules sont obligatoires pour séparer le lui. Si on ne les met pas, c’est difficile pour le lecteur. Tout ce qu’on veut mettre en aparté nécessite soit des virgules, soit, plus fort, des tirets.
Ensuite, il y a un certain nombre de virgules obligatoires avant des conjonctions de coordination comme : “mais, car, voire”. La virgule est obligatoire également après “et ce”.
La liste est longue. Évidemment, notre travail est de rectifier le tir et nous le faisons souvent, mais comme tu as pu le voir, un texte bien ponctué, ça “coule” tellement plus facilement.
À noter la virgule totalement interdite qui sépare le sujet du verbe : Jacques, tendrement lui pris la main. Et inversement : Avait-il, tendrement pris la main de Jeanne dans la sienne ? Voilà des exemples qui t’éclaireront je pense. En fait, c’est souvent assez logique.
Ok, je comprends mieux. Je retiens surtout ta dernière remarque : c’est souvent logique. Mon propos est d’essayer d’amener un éclairage interne : comment se fabrique la ponctuation au moment de l’écriture ? L’explication la plus simple que j’ai trouvée consiste à dire que la ponctuation sert à noter la mélodie de la phrase que l’on est en train de mettre sur le papier (ou sur l’écran). Dès lors, au moment d’écrire, la seule chose à laquelle il faut être attentif, c’est l’écoute. L’enjeu, pour moi, est d’arriver à écouter le texte en train de se faire et de transcrire le rythme qui s’impose naturellement pour que, à l’autre bout, le lecteur le retrouve intact. Ensuite, une fois le premier jet achevé, entre en jeu la notion de correction et les outils dont elle dispose.
Je pense que c’est une bonne approche. Il ne faut pas laisser les règles entraver la créativité, mais rester attentif. C’est souvent un équilibre à trouver…