148. Noms des personnages
J’avoue avoir une très mauvaise mémoire des noms, et lorsqu’un nouveau personnage est introduit dans une histoire, il me faut prêter beaucoup d’attention pour arriver à retenir son patronyme.
Certains auteurs ont le don de multiplier les personnages secondaires à l’infini et de donner à chacun un nom bien compliqué à mémoriser (pour les non-sinophones, essayez de lire un classique chinois comme Au Bord de l’Eau). D’autres poussent le vice jusqu’à donner un nom aux figurants, histoire de bien embrouiller tout le monde. Après cent pages, j’ai en général oublié qui est qui, je ne sais plus distinguer les personnages principaux des figurants et, dans le pire des cas, si je n’ai pas abandonné le livre avant, je dois prendre des notes. “Alors le cousin du beau frère par alliance s’appelle Stéphane, mais le beau-frère du cousin en ligne directe s’appelle Etienne…”
D’où un artifice qui ne se fait plus mais que je trouvais bien pratique : la liste des personnages avec leur fonction au début du livre. On les trouve plus que dans les pièces de théâtre (rappelez-vous lorsque vous lisiez une pièce de Molière au collège comme cette page de garde était utile) ainsi que dans les livres de Roald Dahl, dont l’art du conteur est poussé à son plus grand raffinement. Merci de soulager mes pauvres neurones d’une nouvelle pléiade de noms à retenir.
Mais il y a aussi une stratégie que j’ai appris de Kafka grâce à Kundera et que j’ai développé par la suite. Kundera explique dans Les Testaments Trahis* que Kafka, notamment dans Le Château, ne donne qu’un nom à ses personnages et qu’il s’y tient tout au long du récit. Frieda s’appelle Frieda, et on ne parle d’elle que par son prénom. K. s’appelle K. et il ne changera pas. Pas “le jeune homme”, “l’arpenteur”, “ce dernier” et autres : un personnage, un nom, toujours le même, quitte à faire des répétitions.
Je pousse la technique un cran plus loin pour résoudre mon problème onomastique dont je soupçonne ne pas être la seule victime : je désigne mes personnages secondaires par une périphrase que j’utilise ensuite systématiquement lorsque je les rappelle sur scène.
J’ai par exemple corrigé la semaine dernière une nouvelle sur l’apprentissage de la peinture et la transmission entre maître et disciples. Le narrateur est le personnage principal et il rencontre à un moment le dernier disciple du défunt maître. Plutôt que de donner un nom au personnage, je l’appelle “le dernier disciple” et à chaque fois qu’il intervient je réutilise la même expression.
Ça permet de ne pas trop attirer l’attention sur les personnages qui doivent rester à l’arrière plan et accessoirement, ça permet au lecteur de se concentrer sur l’essentiel du récit.
* Les Testaments Trahis, Quatrième partie, Une Phrase, Folio, p135
(en illustration, un vers de Gertrude Stein. gravé sur un sceau utilisé par la poétesse. A ce propos, si vous êtes à Paris, allez voir l’expo sur la collection Stein au grand palais, c’est formidable!)
Eh tiens, j’ai justement regardé un truc hier : “I played the advocate and I wrote and directed this film. My name is …”
My name is … ?
euhhhhh non je sèche là, je vais prendre le 50/50 svp
Aaah tant pis. C’est Orson Welles, à la fin du Procès. http://www.youtube.com/watch?v=RC_Ngw4EYIg
De l’entendre citer les noms de tous les acteurs à la place de faire un générique “classique”, par rapport à l’histoire de K. je trouvais ça assez fort. (Et c’est une bonne pichenette lorsqu’il finit par lui-même quand on ne s’y attend pas. )
Ah ben mince je crois que je ne l’ai jamais vu en fait… il va falloir que je répare ça très vite, d’ailleurs j’ai le Othello dans ma liste de films à revoir!